LA MUSIQUE CLASSIQUE
La musique classique polonaise a été fortement influencée par le romantisme, dont Frédéric Chopin (1810-1849) fut le précurseur. Dans un grand nombre de ses oeuvres, l'idiome romantique se joint au folklore polonais. Dans ce męme courant, Stanisław Moniuszko (1819-1852), est l'auteur d'opéras polonais et de chansons, recréés aujourd'hui encore, notamment au Festival Moniuszko de Kudowa-Zdrój. La tradition chopinesque laissa aussi son empreinte sur la pianistique polonaise. C'est avec prédilection que de grands virtuoses tels que Józef Hoffmann, Artur Rubinstein ou Ignacy Jan Paderewski joučrent Chopin.
Dans l'entre-deux-guerres, des concours internationaux furent fondés. Parmi eux, l'un des plus anciens, le Concours Henryk Wieniawski (un virtuose du violon) de Poznań, en 1935, ou le Concours Frédéric Chopin de Varsovie (en 1927) au cours desquels firent leurs débuts notamment Dimitri Chostakovitch, Janusz Olejniczak et Krystian Zimerman. Karol Szymanowski (1882-1937) occupait le premier rang parmi les compositeurs avec sa musique émotionnelle, souvent influencée de folklore (entre autres le ballet Harnasie). Il doit son succčs européen récent á Simon Rattle, chef de l'Orchestre de Birmingham, qui s'est engagé dans la propagation des suvres du compositeur (notamment un enregistrement des oeuvres complčtes pour EMI).
Aprčs la Seconde Guerre, les compositeurs polonais, soumis á une pression politique puissante, furent amenés á écrire des pičces de circonstances. Quelques-uns choisirent d'émigrer (Roman Palester, Andrzej Panufnik, Roman Maciejewski), d'autres, qui refusaient d'obéir au régime, recoururent au folklore ou bien aux idéaux de la musique absolue. Telle fut l'origine d'oeuvres de grandes valeur, libres de toute influence politique telles que la Ičre Symphonie de Lutosławski, les suvres de Grażyna Bacewicz, de Bolesław Szabelski. La situation changea aprčs 1956, á l'époque du "dégel". Les Polonais s'accomodčrent vite des réalités politiques nouvelles. C'est á un rythme extraordinaire qu'apparurent des oeuvres qui reprenaient des idées répandues en Europe et en donnaient une extension intéressante, parmi lesquelles il faut distinguer celles de Tadeusz Baird et Kazimierz Serocki, fondateurs -en 1956- du Festival de Musique Contemporaine "L'automne de Varsovie", l'un des plus importants en Europe jusqu'á l'heure actuelle.
On assistait á une apparition tout aussi rapide d'idées révolutionnaires liées au sonorisme, une technique de composition sur la base exclusivement de couleurs sonores. Krzysztof Penderecki (1933), qui indiqua une orientation tout á fait nouvelle du développement de la musique en Europe, fut un pionnier de cette technique. L'esprit d'avant-garde de Penderecki semblait choquer: sans scrupule, il exploitait des sons á la limite de l'art et de la vie, toutes sortes de bruissements, de grincements de scie, de cliquetis de machines á écrire (Fluorescences). Witold Lutosławski (1913-1994), porta toute son attention créatrice sur les problčmes de la perfection formelle et du raffinement sonore. Sa musique est un art composé de nombreuses couches, riche est varié, séduisant par le charme discret de constellations sonores, sans pour autant ętre dépourvu de dramaturgie (IIIe et IVe Symphonies, Concerto pour piano).
Wojciech Kilar (1932), aujourd'hui un compositeur de musiques de film, était aussi considéré comme l'un des représentants principaux de l'avant-garde (cf. p. 39); il est l'auteur notamment de pičces pour orchestre: Riff 62 (1962), Générique (1963) et Diphtongos (1964). Le počme symphonique Krzesany (1974), ascétique tant dans sa forme que dans son contenu, traduit la fascination de Kilar pour la musique minimale; il a á l'époque un succčs poursuivi jusqu'á nos jours. Kilar se sert de procédés semblables: son langage musical simplifié éveille de fortes émotions chez les auditeurs, tant s'il s'agit de compositions faisant référence á la musique populaire (essentiellement au folklore montagnard) et aux oeuvres patriotiques et religieuses que pour ses musiques de film.
L'avant-garde fut pourtant abandonnée pour se rapprocher davantage des auditeurs, ce qu'exprima en particulier Henryk Mikołaj Górecki (1933). Adversaire déclaré de tout compromis dans sa jeunesse, Górecki évolua progressivement vers une attitude mystique, ce dont sa IIIe Symphonie est le meilleur exemple. Composée en 1976, elle fit une carričre médiatique inédite une vingtaine d'années plus tard grâce á une réédition par la société américaine Elektra Nonesuch. Cet enregistrement de la Symphonie, interprétée par la cantatrice américaine Dawn Upshaw, s'est trouvé en tęte des hit-parades anglais et américains et a occupé la cinquičme place au palmarčs des compositions les plus populaire en Grande-Bretagne en 1993. A la demande du public, la radio anglaise Classic FM ne cessait d'émettre des fragments de l'oeuvre de Górecki. La IIIe Symphonie était écoutée tant par des mélomanes que par des gens qui au quotidien n'avaient rien de commun avec la musique classique, tant par des jeunes que par des chauffeurs de camions... La musique simple mais pleine d'ardeur de Górecki parvenait á tous en tant que révélation de l'univers des émotions les plus élémentaires.
Dans une atmosphčre de procčs fait á leur passé d'avant-garde, de nombreux compositeurs se sont tournés vers des idéaux traditionnels mais tombés dans l'oubli. L'oeuvre de Paweł Szymański et celle de Paweł Mykietyn en sont une manifestation particuličrement sensible. Leurs compositions se caractérisent par un original rappel stylistique du classicisme, du romantisme et męme du baroque (les Sonnets d'aprčs Shakespeare de Mykietyn), loin cependant d'une imitation vide de contenu. Au coeur de cette attitude esthétique se trouve une tentative de recherche de significations nouvelles de l'art classique dans le contexte de la culture contemporaine, ce qui situe les deux artistes en position post-moderniste dans le monde de la musique.
Le dialogue avec la tradition est aussi particuličrement sensible dans les oeuvres récentes de Penderecki qui puise directement dans les archétypes culturels, ce dont témoignent notamment les oratorios et les opéras du compositeur (notamment les Diables de Loudun, le Paradis perdu, Le Masque Noir), qui constituent le tronc de l'opéra polonais.
Il faut mentionner les premičres créations récentes d'Ignorant et le fou de Mykietyn, de Balthazar de Zygmunt Krauze (établi á Paris) et d'Antigone de Bernadetta Matuszczak. Les oeuvres scénique polonaises contemporaines sont créées, comme les classiques du genre, par les metteurs en scčne les plus célčbres, entre autres, Mariusz Treliński, Ryszard Peryt ou Krzysztof Nazar. Les grandes formes vocales et instrumentales apparaissent chaque année au festival Wratislavia Cantans: depuis les chants grégoriens jusqu'aux gospels et les negro spirituals, des classiques aux compositeurs d'avant-garde, toutes interprétées par des orchestres, choeurs, ensembles et solistes de renommée mondiale, sous la baguette de chefs tels que Antoni Wit, Kazimierz Kord, Jacek Kaspszyk, Tadeusz Strugała. Jerzy Maksymiuk, personnage haut en couleurs dans le milieu des chefs d'orchestre polonais, se produit le plus souvent á l'étranger. Il a dirigé entre autres l'un des meilleurs orchestres du monde, la BBC Scottish Symphony Orchestra de Glasgow et s'est vu conférer á l'issue le titre d'honneur de Chef-Lauréat de cet orchestre.
Les chanteurs occupent une place majeure parmi les artistes présents sur les scčnes polonaises: Teresa Żylis-Gara, Ewa Podleś, Kira Boreczko, Wiesław Ochman, Romuald Tesarowicz. Ils sont nombreux, certes, á séjourner en permanence á l'étranger, de męme que les compositeurs Zygmunt Krauze et Hanna Kulenty, le violoniste Bartłomiej Nizioł, la claveciniste Elżbieta Chojnacka, les pianistes Krystian Zimerman et Piotr Anderszewski, mais leur liens durables avec l'héritage culturel polonais se manifestent dans leur répertoire.
LE JAZZ, LE POP, LE ROCK
Quels sont les traits distinctifs de la musique légčre contemporaine? Ce ne sont pas les canons de l'art qui la régissent, mais les lois du marché. Elle est devenue une branche d'une industrie gigantesque qui obéit á des rčgles spécifiques. A côté de groupes mondiaux du disque apparaissent de petites maisons de disque dont les enregistrements se passent de campagnes médiatiques. C'est une musique de club ou de niche. C'est grâce á ces niches que la culture pop miroite de couleurs et se pare de goűts musicaux par milliers, non sans une contribution importante des artistes polonais.
Enregistrer un disque aujourd'hui ne pose aucun problčme et il n'y a rien d'extraordinaire á ce que les enregistrements soient généralement accessibles. Qu'est-ce qui distingue donc les Polonais sur cet immense marché artistique, qu'est-ce qui décide de leur originalité? Pourquoi le mélomane américain, français, japonais choisit-il un disque polonais, qu'est-ce qui fait écouter les concerts d'artistes polonais aux publics de Hambourg, de Londres, de Moscou?
L'histoire d'aprčs guerre de la musique légčre en Pologne commença sous le signe du jazz. Il en fut ainsi jusqu'en 1950 r. Par la suite, les communistes au pouvoir virent dans le jazz une manifestation de sympathie pour les idéologies ennemies. La condamnation officielle du jazz fut bientôt suivie d'une prohibition de la pratique et de toute promotion. Seul le "dégel idéologique" de la seconde moitié des années 1950 apporta les prémices d'une liberté artistique. Dčs 1956, des enthousiastes du jazz organisaient, avec l'écrivain rebelle Leopold Tyrmand (un futur émigré) en tęte, un festival international du jazz, le premier en Pologne, qui, sous le nom de Jazz Jamboree, est aujourd'hui le plus ancien en Europe.
Krzysztof Komeda (1931-1969) comptait parmi les pionniers du jazz polonais. Médecin de formation, pianiste et compositeur par goűt, il fut leader de plusieurs ensembles, auteur d'innombrables thčmes de jazz, l'un des compositeurs de musique de film les plus originaux des années 1960 .
L'activité artistique á la recherche de sa propre image fut la plus intense dans la Pologne des années soixante du vingtičme sičcle. C'était l'époque des débuts de jeunes créateurs cherchant leur place dans la littérature, le cinéma, le théâtre, les arts plastiques, la musique légčre et le jazz, ce dernier non seulement polonais mais également mondial.
Le reflet le plus complet et le plus pittoresque de ces recherches est visible dans les biographies de Michał Urbaniak, violoniste et compositeur, d'Urszula Dudziak, vocaliste, d'Adam Makowicz, pianiste, de Tomasz Stańko, trompettiste, de Jan "Ptaszyn" Wróblewski, saxophoniste, d'Andrzej Kurylewicz, pianiste, trompettiste et tromboniste. Ils avaient tous commencé leur carričre artistique dans les années 1960 pour vraiment prendre leur essor dans les années 1970. Actuellement, dans le paysage dense de styles, de modes, de tendances, leur musique apparaît comme une création d'individualités exubérantes, d'autorités mondialement reconnues. Parmi les musiciens polonais du jazz, c'est le nom de Michał Urbaniak qui retentit aujourd'hui le plus souvent. Ses disques enregistrés en Pologne et á l'étranger ont dépassé un million cinq cent mille d'exemplaires vendus. Il figure aussi sur les couvertures de plusieurs dizaines d'albums enregistrés avec des leaders mondiaux du jazz tels que Marcus Miller, George Benson, Billy Cobham, Ron Carter, Joe Zawinul, Wayne Shorter, Stéphane Grappelli et Miles Davis. Il les a surpris par son ouverture á tout ce qui est nouveau, par sa faculté de réunir le jazz et le rock, le hip hop et le jazz. Męme son violon a un timbre tout-á-fait différent: sa coloration en est variée par l'électronique, il sait en tirer un son ressemblant á l'attaque du saxophone ou á la voix humaine.
La voix d'Urszula Dudziak (1943) elle aussi représente l'un des instruments les plus intéressants du jazz contemporain. En 1958, Dudziak devint soliste de l'ensemble de Krzysztof Komeda. Des années plus tard, elle renonçait au chant de jazz conventionnel au profit de transcodeurs électroniques de la voix. Elle lança alors un style nouveau qui reste jusqu'aujourd'hui sans concurrence dans le chant de jazz. Sa voix extręmement puissante, son intonation, sa technique et son expertise sont imposantes: elle l'a prouvé avec le hit Papaya.
Adam Makowicz (1940) est un pianiste de jazz de renommée mondiale. Ses interprétations d'suvres de George Gershwin ont séduit le public américain. Son interprétation individuelle de cette musique jouit d'une autorisation spéciale d'Ira, frčre du compositeur. Son jeu reflčte presque l'ensemble de l'histoire du piano de jazz: le charme du swing de Teddy Wilson, l'habileté d'Art Tatum, le sans-façon d'Errol Garner, l'élégance d'Oscar Peterson. Il est plus sobre que Keith Jarret et plus jazz que Chick Corea. Tout ceci assaisonné de virtuosité technique, d'improvisations éloquentes, de suavité chopinesque, brosse un tableau musical unique dans son genre: une pianistique digne des plus grandes salles de concert dans le monde entier.
Tomasz Stańko (1942), lauréat de prix prestigieux, tels que le Preis der Deutschen Schallplattenkritik 2000 et European Jazz Prize 2002, demeure le numéro un de la trompette depuis trente ans. En 1962, il créa avec Adam Makowicz le quatuor Jazz Darings qui était probablement le premier ensemble européen á jouer du free jazz, et qui parvint - selon l'un des critiques allemands - á traduire avec succčs le langage d'Ornette Coleman dans le sien. Peu aprčs, Stańko prit un chemin difficile mais individuel en obtenant ce qui caractérise les plus grands: une poétique imprévisible, un spasme d'expression. Le trône vide de Miles Davis semble trouver en lui un candidat digne, notamment aprčs l'accueil enthousiaste qu'il a eu aux Etats-Unis en novembre 2002.
Le saxophoniste Zbigniew Namysłowski (1939), personnage trčs créatif dans le monde du jazz polonais, jouit aussi d'une renommée mondiale. Il fut le premier musicien de jazz polonais á avoir enregistré á l'étranger, chez Decca en 1967, á savoir l'album Lola. Ce fait est paru dans un palmarčs du magazine "Down Beat" (Ičre place dans la catégorie "talent digne de reconnaissance"). Namysłowski est le compositeur de musiques de film, de son propre répertoire de concert et phonographique, ainsi que d'un grand nombre de thčmes de jazz auquel il a intégré des motifs puisés dans le folklore polonais dčs les années 1970.
Le violoniste et saxophoniste Zbigniew Seifert (1946-1979) nous a quittés trop tôt. De 1967 á 1973, il collabora avec le quintette de Tomasz Stańko. Plus tard, il donnait des concerts et enregistrait á l'étranger, le plus souvent en RFA, avec les ensembles d'Albert Mangelsdorff, Chris Hinze, Charlie Mariano, avec le groupe Free Sound, et avec Joachim Kühn et McCoy Tyner. En 1976, il enregistra son premier disque d'auteur intitulé Man of the Light qui lui valut un succčs mondial. La maladie qui se déclara alors ne lui permit cependant pas de réaliser tous ses projets artistiques. C'est avec un groupe de jazzmen américains, notamment avec John Scofield, Eddie Gomez et Jack DeJohnette qu'il enregistra son vingtičme et dernier album, Passion, qui nous séduit jusqu'aujourd'hui par son expression violoniste originale.
Grâce á son langage musical universel, le jazz polonais a vite et brillamment occupé une place considérable sur la scčne internationale. Voulant franchir les frontičres géographiques, la chanson polonaise dut surmonter la barričre de la langue, ce qui ne se fit qu'au tournant des années 1980 et 1990, lorsque les filiales des plus grandes maisons internationales de disque apparurent sur le marché polonais de la musique.
Le marché britannique á son tour, difficile et hermétique aux étrangers, accueillit les débuts réussis de Barbara Trzetrzelewska (1954) dans la deuxičme moitié des années 1980, dont les Américains furent les premiers á accepter les chansons parfois swing, mais le plus souvent bercées de rythmes brésiliens. Elle est connue aujourd'hui du grand public sous le nom de Basia. Chanteuse et vocaliste de jazz, compositrice et auteur de textes, elle commença la conquęte du monde de la musique par un récital á Broadway. Depuis ce temple des artistes, grâce aux albums enregistrés, elle parvient aux recoins les plus éloignés du globe, plaçant ses chansons en tęte des hit-parades et couvrant chaque disque d'or ou de platine.
Le rock polonais remporte peu de succčs sur la scčne internationale. Les géants britanniques représentent une concurrence difficile. Mais la derničre décennie a apporté des changements importants. Les concerts londoniens de l'ensemble Myslovitz ont promu la version anglaise du disque enregistré par ce groupe dont le charme scénique a été noté, ce qui lui valut le prix MTV European Music Award 2002 dans la catégorie du Meilleur Artiste Polonais (The Best Polish Act). Il ne faut pas oublier que cette catégorie ne date que de trois ans.
L'ensemble deathmetal Vader est l'un des rares groupes polonais de ce genre de rock connus et appréciés sur la scčne internationale. Créé en 1985, il commençait sa carričre internationale cinq ans plus tard avec le soutien de la maison de disque Earache Rec. Dčs 1993, il se produit en concert aux manifestations rock les plus importantes de Pologne ainsi qu'á l'étranger: en Europe, au Japon, aux Etats-Unis et au Canada. La plupart de ses disques ont eu des éditions étrangčres distribuées en Europe et au Japon.
L'ensemble Cracow Klezmer Band, quatuor extraordinaire de jeunes virtuoses (accordéon, violon, clarinette, contrebasse, percussions) est á recommander aux amateurs de sonorités originales. Les compositions dynamiques et les arrangements révélateurs du groupe en font l'un des phénomčnes les plus intéressant du courant radical contemporain de renaissance de la musique juive. La formation ne se limite pas pour autant aux influences juives; elle intčgre des éléments de tradition balkanique, arabe, tzigane et slave. Les musiciens ont joué avec succčs aux côtés de célébrités telles que Brave Old World, Anthony Coleman & Sephardic Tinge, The Klezmatics ou Dave Krakauer Klezmer Madness. La musique du Cracow Klezmer Band a męme séduit John Zorn, un artiste parmi les plus créatifs sur la scčne musicale contemporaine. En 2000, les célčbres éditions new-yorkaises TZADIK ont lancé le disque des débuts de l'ensemble, intitulé De Profundis, et The Warriors un an plus tard.
Les albums des maisons indépendantes promouvant la musique ethnique - á la mode presque dans le monde entier - parviennent aussi á gagner les marchés étrangers. Les dévoués de la musique folk-ethnique trouveront sans doute de l'intéręt aux enregistrements du groupe Trebunie Tutki. Cet ensemble montagnard de Biały Dunajec continue une tradition de famille presque séculaire. Leur carričre scénique commença en 1991 par un concert commun avec le légendaire groupe jamaďcain roots-reggae Twinkle Brothers. L'album A Sherwood a été reconnu comme l'un des meilleurs albums world music édités pendant la décennie d'existence des World Music Charts Europe, organisation de producteurs de radio des 11 pays adhérents á l'Union Européenne de Radio (European Broadcasting Union -EBU). LBest Dub/Greatest Hits a remporté un succčs comparable. Transes d'archet, airs saisissants et prouesses rythmiques de l'universel Norman Grant aboutissent á une entente extraordinaire entre deux cultures musicales.
Il faut aussi évoquer De Press, groupe folk punk créé en 1980 á Oslo, en Norvčge, á l'initiative d'Andrzej Dziubek et des musiciens norvégiens Jorn Christensen et Ol Smortheim, et dont le répertoire se compose de chansons inspirées par le folklore montagnard polonais, encadré de rythmes punk, hardcore ou ska. Des musiciens suédois, biélorusses et russes collaborent avec l'ensemble.
L'image de la musique légčre polonaise serait incomplčte si l'on oubliait les compositeur de musiques de film. Leurs succčs, connus depuis des années, leur ont valu un grand nombre de prix. Aprčs Bronisław Kaper, Hollywood fut séduit, dans les années 1950 par feu Henryk Wars. Dans les années 1960, la carričre hollywoodienne brillante de Krzysztof Komeda fut interrompue par un tragique accident. Aujourd'hui, les musiques de Jan A.P. Kaczmarek, Wojciech Kilar et Zbigniew Preisner viennent contribuer aux succčs du cinéma européen et américain.
Les principales śuvres de Henryk Mikołaj Górecki
1958 Epitaphe pour chśur et ensemble instrumental
1959 Symphonie n°1 (1959) pour orchestre á cordes et percussions
1962 Genesis - Elementi per tre archi
1971 Ad Matrem pour soprano, chśur et orchestre
1972 Symphonie n°2 "Copernikienne" pour soprano, baryton, chśur et grand orchestre
1974 Amen pour chśur a cappella
1976 Symphonie n°3 "des lamentations" pour soprano et orchestre
1980 Mazurkas pour piano
1982 Berceuses et danses pour violon et piano
1987 Totus Tuus pour chśur a cappella
1988 Quatuor n°1 "La nuit tombe déjá"
1991 Quatuor n°2 á cordes "Quasi una fantasia"
1992 Concerto pour flűte
1993 Viens, Ô Saint-Esprit pour chśur a cappella
Les principales śuvres de Krzysztof Penderecki
1958 Psaumes de David pour chśur, instruments á cordes et percussion
1959 Emanations pour deux orchestres á cordes
1960 Thręne á la mémoire des victimes d'Hiroshima pour 52 instruments á cordes
1962 Fluorescences pour grand orchestre symphonique
1965 Passion selon Saint-Luc pour voix seules, narrateur, quatre chśurs et orchestre
1970 Cosmogonie pour voix seules, deux chśurs et orchestre
1971 Utrenya pour voix seules, deux chśurs et orchestre
1974 Magnificat pour basse seule, ensemble vocal, trois chśurs et orchestre
1977 Concerto pour violon et orchestre No. 1
1978 Le Paradis perdu d'aprčs J.Milton
1986 Le masque noir opéra en un acte
1980 Te Deum pour voix seules, deux chśurs et orchestre
1980 IIe Symphonie "Noë" pour orchestre symphonique
1984 Polskie Requiem pour voix seules, deux chśurs et orchestre
1991 Ubu roi opéra-bouffe d'aprčs A.Jarry
1992 Ve Symphonie "Corée" pour orchestre symphonique
1996 Les sept portes de Jérusalem pour solistes, narrateur, chśur et orchestre
1998 Credo pour voix seules, chśur et orchestre
Curiosités
- La Symphonie-Concerto de Bogusław Schaeffer, composée en 1997, qui dure plus de deux heures, est la symphonie la plus longue du monde, en quoi elle a distancé la Ičre Symphonie de Havergal Brian (1931), leader précédent.
- Les pianistes polonais sont parfois dotés de talents inattendus. En 1919, Ignacy Jan Paderewski, musicien célčbre á l'époque, n'hésita pas á présider le premier gouvernement d'une République de Pologne indépendante. Artur Rubinstein et Mieczysław Horszowski étaient tous les deux presque centenaires quand ils donnaient encore des concerts brillants. Józef Hofman inventa les essuie-glaces et les trombones de bureau, et Janusz Olejniczak incarnait Chopin dans La note bleue d'Andrzej Żuławski.
- Le record de ventes d'un album avec l'enregistrement d'une śuvre contemporaine (dans le domaine de la musique classique), á plus d'un million d'exemplaires, appartient á la IIIe Symphonie de H.M. Górecki, enregistrée chez Elektra Nonesuch.
- A la fin des années 1950, Krzysztof Penderecki envoya á un concours trois compositions. Le rčglement n'autorisant qu'une seule śuvre, il écrivit la premičre avec la main gauche, la deuxičme avec la main droite et fit copier la troisičme par une tierce personne, tout ceci pour augmenter ses chances d'obtenir une distinction (équivalant á l'époque á une bourse á l'étranger). Les trois compositions remportčrent des prix: le premier et deux deuxičmes ex-aequo.
Sinfonia Varsovia
Krzysztof Penderecki est le chef d'orchestre de Sinfonia Varsovia, créée en 1984 á partir de l'Orchestre de chambre Polonais. Yehudi Menuhin en fut le premier chef d'orchestre -c'est actuellement José Cura qui est l'hôte permanent de Sinfonia. Avec son répertoire presque illimité, Sinfonia Varsovia donne des concerts sur les scčnes du monde entier avec les plus grands chefs d'orchestre (Mstislav Rostropovitch, Jerzy Maksymiuk) et les meilleurs solistes (José Carreras, Placido Domingo, Andreas Vollenweider).
Jeunes et belles
Les disques des deux stars de la jeune génération de chanteuses, Edyta Górniak (1972) et Anna Maria Jopek (1970) sont distribués par les maisons de disque internationales á travers le monde entier. La décision de promouvoir les jeunes artistes de talent fut prise par des managers occidentaux (dont Jim Beach qui assiste aussi l'ensemble Queen depuis des années). Edyta Górniak remporta la deuxičme place au Concours d'Eurovision á Dublin (1994), elle fut partenaire du grand ténor José Carreras á un concert caritatif. Les médias anglais et allemands l'ont proclamée la plus grande découverte de la derničre décennie. Elle a toutes les qualités pour remplacer une Liza Minelli ou une Whitney Houston: beauté exotique, voie exquise, grand talent. Anna Maria Jopek reçut un prix des mains de Michel Legrand en personne pour ses performances de chanteuse, et c'est elle que Pat Metheny a choisie comme partenaire pour réaliser des enregistrements de jazz. Le charme scénique, l'âme de jazz et la finesse de l'artiste s'accordent á merveille au son de la guitare de Metheny.
Les plus célčbres compositeurs polonais de musique de film
Wojciech Kilar: Le Pianiste (2002), La jeune fille et la mort (1994), réalisation R.Polański; The Portrait of a Lady (1996), réalisation J.Campion; Bram Stoker's Dracula (1992), réalisation F.F.Coppola
Zbigniew Preisner: Trois couleurs (1993:4), La double vie de Véronique (1991), réalisation K.Kieślowski; Le Jardin Secret (1993), réalisation A.Holland; Damage (1992), réalisation L.Malle
Jan A.P. Kaczmarek: Unfaihtful (2001), réalisation A.Lyne; Bliss (1997), réalisation L.Young; Washington Square (1997), réalisation A.Holland
Michał Lorenc: Bandit (1997), réalisation M.Dejczer; Exit in Red (1996), réalisation Y.Bogayewicz; Blood and Wine (1996), réalisation B.Rafelson
Krzysztof Komeda: Le couteau dans l'eau (1961), Cul-de-sac (1966), Rosemary's Baby (1968), réalisation R.Polański; Kattorna (1965), réalisation H.Carlsen
Bronisław Kaper: auteur de la musique de plus de 150 films; un Oscar (Lili, 1953, réalisation Ch.Walters); compositeur de célčbres thčmes de jazz (entre autres de Green Dolphin Street et You Are All I Need)



